03.08.2008

Clivage politique et Territoires

Depuis plusieurs jours, j'hésite à poster un commentaire sur un de mes blogs favoris ou à en faire une réponse plus large ici. Bon, ce soir c'est décis, je m'y mets.

L'objet de la réflexion est ce court article Clivage Politique sur EGEA où il est question de clivage et de territoire.

Si j'ai bien compris la pensée d'Olivier Kampf, la notion de territoire serait un refuge temporaire où les cultures, plus encore que les peuples, se retireraient en attente qu'un nouveau clivage "global", en tout cas supraterritorial ne vienne constituer un hâvre de sécurité pour la pensée.

Je suis consicient du fait que mon regard ne peut pas être objectif, car le rapport avec les territoires a marqué toute mon existence, tant au niveau personnel que politique que professionnel. Par conséquent, ma pensée est partisane.

Néanmoins, je ne peux pas souscrire à cette phrase, qui je suppose volontairement provocatrice : "l'absence de pensée fait revenir aux territoires".

Mon opinion est que les territoires sont l'élement fondateur du nouveaux clivage, qui existe mais qui n'est pas encore reconnu.

Ce clivage est l'opposition entre l'universalisme et ce que j'appelle le contextualisme. Par ailleurs, j'avoue qu'il est fort probable que quelque philosophe ou quelque "géostratège" aient dit quelque chose de proche mais je revendique mon droit à l'ignorance et donc je revendique également la paternité du concept.

Le contextualisme nie à la fois l'existence de vérités absolues universelles et la subjectivité absolue des "vérités relatives". En revanche, il admet l'existence de vérités qui sont absolues à l'intérieur d'un contexte donné

Si on considère, comme grande partie de la littérature le fait, que le territoire est un "construit social" on peut unifier les deux formulations et affirmer que le territoire est l'espace défini par les vérités absolues valables pour son contexte.

Donc, loin d'être un produit de l'absence de pensée, les territoires resultent de la redéfinition des approches fondamentales à(aux) vérité(s).

En quelque sorte, on pourrait dire que les territoires sont fils du théorème d'incomplétude (Goëdel, 1931),  du théorème d'impossibilité (Arrow, 1951) et des travaux sur la "réfutabilité" (Popper, 1934).

Ils le sont aussi, à l'évidence, de l'amélioration des conditions de vie et de la délégation aux organismes supranationaux de fonctions jadis étatiques. En Europe : UE, BCE, CDH entre autres, OTAN, TPI et ainsi de suite au niveau plus global (liste non exhaustive).

 

Commentaires

Mon billet, je le rappelle, est une "pensée partielle", non une théorie : je revendique le droit d'écrire sur mon blog des idées perfectibles et inachevées (donc, n'allez pas me prêter uenthéorie complète sur cette simple remarque)
En tout état de cause, la provocation est stimulante, puisqu'elle suscite vos billets intelligents.....
Je crois que ce qui fait problème, c'est la notion de territoire : pour moi, le mot est neutre, quand pour vous il est au centre de votre démarche intellectuelle et de votre recherche politique. Il y a donc différence d'affect (et de subjectivité)....
Or, quand je parle du retour au territoire, c'est à la vision des Croates ou des Flamands actuellement que je pense : c'est le recroquevillement sur soi, l'égoïsme de l'entre-nous, le néo-ghetto de riche. Et jen'aime pas trop...!
Dernière remarque : bravo pour la proposition d'universalisme/contextualisme. Est-elle à l'origine d'une bonne démarche politique ? Et n'y a-t-il pas une sorte d'oxymore (excusez-moi, je ne retrouve pas le mot qui décrit la figure de style) : en clair, la subjectivité définit le territoire, mais celui-ci n'est pas donné puisqu'il est défini par la subjectivité relative ? Ou encore, subjectivité relative et territoire se définissent l'un l'autre ?
Bien cordialement,
O Kempf

Écrit par : O Kempf | 04.08.2008

Je vous rassure, je suis absolument un adepte des "pensée partielles", pour vous emprunter la formule (très heureuse à mon avis). D'ailleurs j'ai beaucoup de mal à concevoir une "pensée" qui soit parfaitement achevée.

En effet, j'utilise le mot "théorie" dans un sens très large, disons "poppérien", ce qui a pu gêner la compréhension mutuelle.

Sur le fond, le processus de désagrégement de la Belgique me gêne, car je pense que la notion de territoire il y a peu à faire avec. Il me semble que tout cela a plus à faire avec la création d'une mythologie "nationale". Et j'aime autant que vous :-)

Sur le contextualisme. Je ne peux pas être objectif. Dans mon esprit il y a un parallèle évident entre universalisme-dictature, relativisme-anarchie et contextualisme-démocratie. Mais je suis le premier à savoir que cela ne fait pas consensus.

Enfin sur le territoire. Si on accepte la notion de "construit social", en effet le territoire est défini par une subjectivité collective. Est-elle pour autant relative? Je ne le pense pas. Mais celle-la aussi est un "pensée partielle"

Écrit par : Bzhita | 04.08.2008

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