26.01.2009

Mon libéralisme

Comme justement rappelé par Lomig en commentaire, j'ai un peu triché dans le lancement de la chaîne sur le libéralisme : je me suis abstenu de répondre. Ce billet comble ce manque.

Pour commencer, il est opportun de préciser que je me considère (à tort, à raison ? j'attends le débat) un libéral mais que je me retrouve souvent en désaccord, notamment en matière économique, avec d'autres "libéraux". Vraisemblablement un problème de lagage non partagé.

Mon libéralisme est bien décrit par les deux petits tests que j'ai publié récemment. Je crois qu'être libéral c'est reconnaître à chaque personne, en tant qu'individu et en tant que membre de groupes sociaux, le droit à sa liberté. Je crois que la liberté doit être analysée sous son aspect "positif" (la distinction entre liberté positive et négative a été introduite par Isaiah Berlin et reprise par Amartya Sen, le fait que je cite ces auteur n'implique pas que j'adhére entièrement à leur système de pensée). Je crois également que toute activité humaine, et particulièrement l'activité politique, se doit de servir l'Homme, c'est à dire qu'elle doit permettre à tout un chacun d'être, positivement, plus libre. Et, naturellement, la liberté ne peut aller sans responsabilité, mais c'est un point qui ne fait pas, je crois, aucun débat. Avec ce positionnement, ce n'est pas étonnant que des tests faisant la distinction entre sphère économique et sphère du comportement (distinction que je trouve fallacieuse), détectent une certaine tendance libertaire chez moi. Les tests se trompent mais il est vrai que tout exercice de liberté qui n'affecte pas la liberté des autres me paraît légitime. Et cela va de choses "simples" (noter les guillemets) comme l'affichage publique de l'homosexualité à d'autres plus délicates comme les suicides assistés.

Quand deux libertés effectives (positives) impactent l'une sur l'autre, on est en présence d'un marché. Or, si je trouve qu'un marché parfait, c'est à dire sans aucune asymétrie de pouvoir entre l'"offre" et la "demande", c'est un excellent "médiateur" des libertés (ce qui explique mon aversion aux économies planifiées) je considère qu'un tel marché n'existe pas. Je ferai deux exemples : le marché au sens économique du terme et le "marché politique".

Quiconque connaît un peu d'économie d'entreprise sait que celle-ci, pour garantir sa survie avant même de satisfaire son confort, nécessite de maîtriser, de dominer les relations avec son environnement rapproché : les fournisseurs, les distributeurs, les banques ... et les clients. De par sa nature, l'entreprise se doit de produire une asymétrie de pouvoir. Cette asymétrie nie la liberté positive des consommateurs : l'exemple des petits souscripteurs d'assurance vie englués dans la chute brutale des marchés financiers en est un exemple. Par conséquent, je ne pense pas, en tant que libéral, qu'un marché débridé soit souhaitable. Je rejoins plutôt Schumpeter qui, tout en exaltant la figure de l'entrepreneur, croyait que le marché autorégulé se détruit et transforme le monde en un désert. Ce positionnement ne peut être interprété par des tests préformatés comme un positionnement (erroné) "à gauche".

Enfin, et je viens au "marché politique", un libéral tel que je le suis ne peut être que dans la différence par rapport aux deux grands partis de (non) gouvernement présents en France (et par conséquence par rapport à leurs satellites), vrais apparâts de verrouillage et contrôle de l'opinion publique (l'UMP plus que le PS, à vrai dire, et cela bien avant Sarkozy). De même je ne peut qu'être inquiet par la situation de notre Ecole, de nos Médias et, plus en général de nos Institutions.

Commentaires

Damnation, il me prend de vitesse avec les deux formes de liberté dont je comptais parler dans un prochain article !!!

Ecrit par : L'hérétique | 26.01.2009

:-) Je pense que tu viens de lire "Developpement as Freedom" (je ne me souviens plus du titre français) est-que je me trompes ?

Ce concept m'a permis de boucler d'un point de vue conceptuel ma thèse. Il ne me reste qu'à l'écrire (200/250 pages), relire, étoffer avec des données ... et la faire approuver par mon comité ... peut-être en 2015 c'est fini ;-)

Ecrit par : Claudio Pirrone | 26.01.2009

J'adore ! Curieusement, j'envisageais les choses d'une manière assez semblable... J'essayerai de le formuler avec mes petits mots avant la saint glin glin.

Ecrit par : florent | 26.01.2009

@florent
si on est tous les deux démocrates, il y aura bien une raison :D

D'où l'intérêt à avoir d'autres sons de cloche : si on se la raconte entre nous on aura toujours raison ;-)

Ecrit par : Claudio Pirrone | 27.01.2009

je te rejoins sur un point: la liberté collective s'aquière avec la responsabilité collective

Ecrit par : Philippe | 27.01.2009

Salut,
Quel genre de régulation du marché préconises-tu ? Peut-on par exemple priver quelqu'un d'une partie de sa liberté afin de rendre un autre plus libre ? Ou s'agit il d'une action positive de l'État, par exemple, la protection sociale ?
(si tu as fait des billets là-dessus, linke moi directement vers là-bas !)
Ces réflexions m'intéressent beaucoup en tout cas !

Ecrit par : Paul | 10.02.2009

Salut Paul :-)

Essaye ce lien, tu me diras si c'est ce que tu voulais savoir

http://skeptikos.hautetfort.com/archive/2008/07/31/chapitre-5-pour-une-economie-responsable.html

Ecrit par : Claudio Pirrone | 11.02.2009

Merci je vais lire ça immédiatement !

Ecrit par : Paul | 13.02.2009

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