15.02.2009

Promesses, programmes et Politique

Dimanche dernier, le Mouvement Démocrate a présenté ses têtes de liste pour les élections européennes : en tant qu'électeur de l'Ouest je suis très heureux du choix de Sylvie Goulard. Femme, jeune et, surtout, européenne et compétente, elle représente une agréable nouveauté dans le microcosme politique. Bien évidemment, les principaux adversaires du MoDem, le PS et l'UMP, ont commencé leur habituelle campagne de démonisation de l'autre.

Le MoDem ? A croire l'UMP, le MoDem n'est que Bayrou. Drôle quand on se professe "sarkozyste" avant tout. Et Bayrou serait un "imprécateur", un "populiste", un obsédé de la présidentielle (qui n'y pensait pas qu'en se rasant, j'ai un blanc ...). Pour le PS, là aussi, on focalise sur Bayrou : un type "de droite", "sans idées", "sans programme". C'est de bonne guerre. Parfois, ces arguments font brèche parmi les militants et sympathisants orange : notamment, ici et là on lit de manière réguilère cette référence à "Bayrou sans programme".

Je ne veut pas débattre du fait si le MoDem a un programme ou pas (c'est évident que le Mouvement a présenté un programme en 2007, tout comme il est dans les faits que ce programme est réactualisé en permanence, y inclus avec la contribution des militants) mais, peut-être de manière plus iconoclaste, des programmes politiques en eux-mêmes. Tout d'abord, un bon programme n'a jamais fait gagner une élection. Sarkozy, avait-il un programme en 2007 ? Mise à part la bougeotte permanente et quelques retours d'ascenseur, je ne vois pas. Mais encore, qu'est que c'est un "programme" ? Comme son nom l'indique, un programme est une collection de ce qu'on envisage de faire au cours d'un mandat. En gros, le "programme" n'est autre chose qu'un catalogue de promesses établies à un moment donné et destinées invariablement à être démenties par la réalité. Nos hommes et femmes politiques, pas plus que nous, ils ne sont pas des devins. Et la réalité a toujours plus d'imagination que l'inspiration humaine. Une chose que j'avais aimé dans le "Bayrou 2007" c'était d'avoir un programme réduit, des pistes d'actions immédiates qui allaient dégager des marges de manoeuvre pour répondre à l'imprévu. Mais sans doute de faire le paquet fiscal ou l'augmentation du SMIC à 1500 € ont été considérés des idées plus pertinentes.

En réalité, le programme, en soi-même est un document inutile. Ce qu'il y a de bien dans un programme, c'est le chemin qu'on fait pour sa conception : les discussions, les débats, les engueulades. Rédiger un programme c'est quelque chose qui permet de mûrir la réflexion politique, d'affiner, collectivement, la compréhension de l'environnement qui nous entoure et de ses mécanismes. Élaborer un programme, c'est une école. Cependant, comme toute école, il s'agit d'un exercice involontairement tourné vers le passé : on ne peut pas étudier le futur. Et, depuis Karl Popper, on sait que les leçons du passé ne sont pas forcément valides pour le temps à venir.

Or, la Politique est un travail d'anticipation, donc sujet à l'erreur. Par conséquent, ce qui est réellement important, c'est d'avoir une grille de lecture qui permet d'analyser rapidement les transformations du contexte, de préconiser des actions vis-à-vis des objectifs, d'apprendre en permanence de ses propres erreurs. Un programme, ne contient aucun de ces trois éléments.

Alors, quand on me dit que le MoDem "n'a pas de programme" j'aurais envie de répondre : "Heureusement, car être esclave de ses promesses est extrêment dangereux!".

Commentaires

assez d'accord

la Vème république par son fonctionnement présidentialise de fait les partis, donc bayrou incarne le modem : what's the probleme?
pour le PS ce fut Miterrand, pour la droite dure chirac, puis sarko.

Je pense qu'il faut un programme pour un parti mais que ce dernier n'a pas besoin d'être compliqué et trop detaillé. il doit amener à faire ressortir quelques thèmes simples sur lesquels il va falloir bien argumenter pour être solide lors des débats. il ne faut surtout pas un catalogue style PS mais des thèmes bien ciblés qui donnent l'impression de cohérence.

Pour cela il est nécessaire de faire un travail de réflexion de fond et d'en ressortir ce qui sera le plus facilement vendable au plus grand nombre...

Une campagne électorale c'est 50% de fond et 50% de forme. l'idéal ,comme l'ont su faire ceux qui ont gagné la présidentielle c'est d'être dans le bon rythme afin de maitriser le buzz d'une campagne .

si on prend l'UDF en 2007, bayrou a monté dans les sondages a un moment donné quand il a mis sur la place publique le thème de la dette publique, il donné le "la" à ce moment. après malheureusement sarko a repris l'initiative et en fin de campagne Bayrou n'a su reprendre la main.

De plus il faut savoir répondre aux attaques de ses adversaires. par exemple FB n'a pas su bien de défedre sur le fait que l'udf n'aurait pas de députés( critique un peu facile....) et que s'il était élu il n'aurait donc pas de majorité..

En outre il est nécessaire de tenir compte de l'actualité nationale et internationale. de bonne idées exprimées dans un mauvais contexte c'est la catastrophe. c'est pour cela qu'un bon travail de fond peut permettre d'adapter les idées en fonction des circonstances .

Ecrit par : europium | 15.02.2009

Je n'irais tout de même pas jusqu'à dire que le programme est inutile, mais je suis sur votre ligne.

Ecrit par : florent | 15.02.2009

Pour qu'un parti existe, il faut qu'il soit incarné par quelqu'un. C'est (heureusement ou malheureusement selon sa sensibilité) le fondement de la Veme République. Et pour ça aussi que des mouvements d'idée qui peuvent être interressants, mais sans tête définies (les radicaux sans Tapie, les Verts, les libéraux...), n'existent pas dans le débat.

le ModeM a Bayrou, qui phagocyte l'espace. L'extreme gauche a Besancenot. La droite a Sarkozy. La gauche a trop de gens, sans un qui est vraiment au dessus des autres. C'est comme ça.

Mais attaquer le ModeM sur le culte de la personnalité quand on est l'UMP, c'est un foutage de gueule sans nom... J'ai été y a pas longtemps à une rencontre chez moi de l'UMP (j'étais invité, j'y suis allé...), et c'est pire qu'à l'Eglise. Ode à Sarkozy, et le reste ne compte pas, n'existe pas. Et que Sarkozy est beau, grand, fort, sent bon de la bouche, etc...

Donc oui le programme. Mais surtout la personne pour l'incarner. Parce qu'un bon programme et de bonnes idées sans vecteur, ça fait plouf. Peut être c'est con, mais c'est la règle du jeu.

Bon billet sinon (trés bon billet)

Ecrit par : Falconhill | 16.02.2009

@europium
d'accord sur le besoin de répondant : dans une campagne (on aime ou pas) on ne maitrise pas les coups bas des adversaires, donc il faut y être préparés.

@Falconhill
Je ne dirais pas que Bayrou "phagocyte l'espace", je pense que c'est plutôt quelque chose qui relève de la confiance que ses proches ont en lui. Sinon, d'accord avec l'ensemble de votre commentaire.

@en général
Bien sur, un parti doit être incarné par une figure. Cela ne dépend pas des règles de scrutin. En Israël, Kadima était "naturellement" le parti de Sharon, alors que pour Livni et Olmert cela a été moins automatique. En Italie, la Démocratie Chrétienne c'était Andreotti, le Parti Communiste, Berliguer, le Ligue du Nord, Bossi.

C'est normal. Comment coaguler un consensus de millions, voire dizaine de millions de personnes sans être un vrai leader ? Cela dit, les grands partis, j'aurais envie de dire les vrais partis, ce sont ceux qui peuvent résister au départ de leur leader. Car ils en ont su faire émerger d'autres et mettre au point des pratiques qui permettent une concurrence non destructrice (n'est pas le PS ?)

Ecrit par : Claudio Pirrone | 16.02.2009

Ecrire un commentaire