20.12.2008
Et si un billet sérieux pouvait marcher ou Keynes et l'économie de satiété
Les "vacances" qui viennent théoriquement de commencer, seront pour moi des vacances de grand travail : le dossier "Européennes" a été lourdement chrono-phage, donc j'ai un retard monstre à combler. Pour éviter de laisser le blog moribond, je me permettrai de partager avec vous quelques considérations économiques. Si je deviens incompréhensible (si si c'est possible), et bien, dites-le :-).
Ce premier billet porte sur JM Keynes, relu dans le cadre d'une économie de satiété.
Tout d'abord, késako une "économie de satiété" ? C'est une construction théorique qui postule que, au-delà d'un certain seuil de revenu/consommation, le revenu additionnel ne sera pas dépensé. Techniquement, on dira en termes macroéconomiques que la propension marginale à consommer devient nulle. Cela va évidemment à l'encontre de la "Loi psychologique fondamentale" de Keynes qui affirme que la propension marginale a consommer est diminue quand le revenu augmente mais reste toujours positive. Autrement dit, même quand les très riches deviennent encore plus riches, leur consommation augmente un peu. Cette "loi fondamentale" étant un postulat, il est légitime d'en prendre un autre et de vérifier les coséquences de ce changement.
D'un certain point de vue, c'est le même procédé qui a conduit aux géometries non éuclidéennes ou à la théorie de la rélativité générale. Bref.
Toute la construction keynésienne se fonde sur cette "loi fondamentale" et son dérivé direct, le "multiplicateur". Celui ci prend la forme m=1/(1-c) où "c" c'est la propension marginale à consommer. Si "c" est toujours positif, le multiplicateur sera toujours supérieur à un. Ce qui implique qu'un euro injecté dans l'économie vaut, par un processus de multiplication, "m" euros. Si c>0 alors m>1 et, pour exemple, un euro d'investissement public créera une croissance de m>1 euros et donc un bénéfice net pour le système. C'est le concept même de "relance".
Mais si c=0, alors m=1/(1-0)=1. Dans une situation de ce type des mesures, je dis au hasard hein, d'allégement fiscaux sur les haut revenus, n'aurait aucun impact sur la consommation et donc aucun impact sur la relance de l'économie réelle, même dans le cas d'une économie fermée. En revanche, cela créerait un excès de disponibilités liquides virtuellement sans valeur pour leurs détenteurs. Or, jouer à la roulette avec des fiches sans valeur ne présente, évidemment, aucun risque. Ou, pour être plus exact, enlève tout intérêt évaluer le risque.
Je vous fais l'économie d'illustrer la modification des mécanismes de "préférence pour la liquidité" (en gros, comment et pourquoi les détenteurs de richesse non consommée arbitrent entre garder l'argent sur le compte courant et l'investir) dans une situation de satiété. Mais je vous signale que selon ce modèle, cette richesse sera "jouée" sur les marchés financiers sans trop regarder au pourquoi du comment, pourvu qu'une grosse rentabilité puisse être à la clé. C'est comme une partie de chasse aux XIX siècle : cela vous donne un statut et en plus, à la différence des renards des bois anglais, tuer l'argent fait multiplier l'argent, ce qui perpétue le jeu.
Je me repète, on est dans la théorie pure, déconnectée de toute réalite.
Ou pas, Monsieur le Président ?
23:19 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
| Tags : keynes, satiété, crise, économie |
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07.12.2008
Sortir de la crise
A la suite de ce qui reste jusqu'à présent l'article le plus lu de ce blog (ici) plusieurs de mes lecteurs de proximité (c'est à dire ceux qui me connaissent mais qui ont la terreur de m'appeler et exploser leurs forfaits de la faute à ma logorrhée ...) me font un reproche tout à fait légitime. En gros il me disent : "oh c'est joli ton truc mais on en sort comment ? Non parce que on est quand même dans un m****er pas possible !"
Je dois dire que je suis extrêmement pessimiste : le fait de ne pas avoir correctement identifié les cause profondes de la crise, nous empêche d'y trouver des solutions durables (au sens littéraire du terme).
Par notre incapacité (nous = les économistes et ceux qui les écoutent) d'aller véritablement au fond de la question, de remettre en cause les paradigmes fondamentaux de notre pensée, nous nous privons de la possibilité de saisir l'opportunité de chaque crise offre. Nous nous enfermons, par conséquent, dans le "day-by-day business", dans le court-termisme structurel. Dans le soigner les symptômes plutôt que la maladie.
Dans ce traitement de symptômes, qui est sans doute nécessaire, et à l'intérieur de la "conventional wisdom" (sagesse conventionnelle) si bien dénoncée par Galbraith nous n'avons aucune alternative aux différents "plans de relance". Si ce n'était pas tragique, il serait marrant : obligés de mettre en place des politiques d'inspiration keynésienne pour pallier une défaillance (grave) du système de l'offre, il fallait y arriver.
Par ailleurs, je crois que Hayek, s'il était encore vivant, se régalerait en montrant comment cette crise naît de la divergence des disposition de "loi" (réglementaires en langage plus accessible) de ce qui est le "droit" (qui préexiste à la loi pour l'économiste et philosophe autrichien) : si prêter de l'argent à qui n'a pas les moyens de le rembourser (l'essence même des sub-primes) peut être conforme à la "loi" il s'agit bien d'une violation fondamentale du "droit" (ces termes sont utilisés ici à la manière d'Hayek, laquelle diverge de leur usage courant). Il en conclurait que cette crise est une crise "constructiviste", une crise sur la "route de la servitude".
Mais je divague. Bien que le modeste économiste que je suis ne peux éviter de sentir un certain désarroi dans les mots de Jean Peyrelevade quand il évoque la situation difficile dans laquelle la France va se trouver en sortie de crise (ici, fin de la vidéo)
De même, personne n'ose évoquer un fait : les politiques keynésiennes ont été très efficaces après 1931 et 1948. Mais nous étions beaucoup plus pauvres que maintenant. Or, pour en rester à Keynes, il est normal que l'efficacité de ces mesures décroît à l'augmenter du revenu disponible. On est assez mal en point pour permettre à ces mesures de fonctionner ? Par paradoxe, il faut espérer que oui.
Pour ma part, j'estime que le rôle de l'économie n'est pas de nous faire plus riches mais de nous faire plus libres. Sans ressources on ne peut pas assumer sa liberté. L'histoire des droits des femmes et de leur accès au travail (donc à l'indépendance économique) est, je crois, très parlant.
Cependant, le niveau de ressources n'est qu'un paramètre : on peut tout à fait être riches et ne pas être libre de l'usage de ces ressources. Et sans liberté, pas de responsabilité.
En conclusion de ces divagations "économiques", je comprends le besoin des "relances" et sur le plan français je partage toutes les perplexités exprimées par les leaders démocrates. Cependant je ne crois pas que retrouver la "croissance" sera un signe de la fin de la crise. Elle est, à mon avis, profonde et structurelle. Ainsi elle appelle une nouvelle pensée économique que l'on voit difficilement émerger et s'imposer suffisamment rapidement.
Attachez donc vos ceintures, car si vous avez aimé 2007-2009 vous allez adorer le prochain tour.
12:49 Publié dans Economie, Engagement Démocrate, Politique et environs, Projet Européen | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : économie, crise, relance, modem, liberté, sen |
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02.12.2008
In mémoriam
Au revoir, Tanta.
10:28 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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Crise financière : la faillite des chercheurs
Ce matin je tombe sur un article très intéressant de Richard Dale (Professeur émérite de banque internationale et d'institutions financières, université de Southampton) sur Telos. Je vous invite chaleureusement à le lire.
Ici, copyright oblige, je n'en citerais que le dernier paragraphe :
Ce que nous avons observé ces derniers mois est non seulement une fracture du système du monde financier, mais le discrédit d'une discipline, la finance. Il y a environ 4000 professeurs de finance dans les universités du monde, des milliers de papiers sont publiés chaque année, et pourtant la communauté universitaire n’a donné presque aucun, pour ne pas dire aucun avertissement sur le potentiel incendiaire des marchés financiers globaux. Est-il trop dur d’en conclure que malgré les ressources considérables qui nourrissent cette discipline, notre compréhension réelle du comportement des marchés financiers n’est pas aujourd’hui plus grande qu'elle ne l’était en 1929/33… ou en 1720 ?
Je n'ai jamais eu l'occasion de boire un café avec Mr. Dale mais je ne peux que me réjouir de voir des académiciens importants partager un point de vue que je défends depuis très longtemps.
Dans ma "Contribution au Projet Européen en cinq concepts clés et un annexe", présenté à l'occasion de l'Université de Rentrée à Cap Estérel, j'écrivais :
Tout d’abord, il conviendrait d’investir dans la recherche fondamentale dans le domaine de l’économie : si nous sommes conscients des limites des théories acceptés, nous devons nous doter d’instruments plus pertinents. La deuxième guerre mondiale nous a obligés à « choisir un camp », le début du vingt-unième siècle nous offre l’opportunité de « bâtir notre camp ». C’est vrai pour la doctrine politique, c’est vrai également pour l’économie.
Le texte intégral de l'article, datant du 21 juillet, est disponible sur Europe au Quotidien.
10:04 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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08.11.2008
Lula veut réformer la finance mondiale lors du sommet du G20
Encore de l'activisme brésilien en économie : ici
Bon, je suis presque certain que ce billet retiendra la même attention que les autres à ce sujet (presque nulle), tant pis.
Si j'insiste avec le sujet c'est que j'aimerais que la "Vieille Europe" soit plus active dans les mutations des équilibres économiques. Malheureusement, nous sommes dramatiquement passifs. Au mieux, nous sommes réactifs.
Mais nos yeux sont rivés vers l'extérieur, nous agissons come des petits gamins qui ne savent pas être adultes.
Pourquoi les crises financières venues des USA font plus de dégâts en Europe que chez eux ? Combien savent que l'économie américaine, au troisème trimestre 2008, n'était pas encore en récession alors que de nombreuses économies éuropéennes (dont l'économie française) y sont déjà plongés ? Depuis combien de temps l'Europe ne produit pas de pensée économique originale réellement européenne ?
Dès que l'Europe agit, les Européens s'y reconnaissent (même, et surtout ceux qui ne font pas partie de l'Union, anciens partisans de "l'Europe à la carte) mais quand elle fait du suivisme, voire de l'attentisme, elle oublie son identité.
On pouvait penser que les élections qui s'appochent pouvaient être l'occasion d'ouvrir des perspectives plus actives. Pour l'instant, je ne vois pas grand chose de la part des "grands partis" européens.
A nous de changer cette Europe. De construire, vraiment, notre futur.
20:32 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
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03.11.2008
La crise au secours de la mondialisation
Enfin un article intéressant sur le Monde :-)
Il est signé Pierre-Antoine Delhommais (ici).
Je le commenterai plus tard, maintenant faut que je file en classe
08:54 Publié dans Economie, Politique et environs, Projet Européen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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16.10.2008
(Bad) business as usual
Billet coup de gueule :-)
Au début de l'été, tout le monde se souvient, le prix du pétrôle avait atteint des sommets pour atteindre les 145$ au baril, ce qui, au taux de change de l'époque faisait la coquette somme de presque 92€ par baril. Les prix à la pompe étaient également en hausse : au "moins cher" on payait 1,45 € environ pour un litre de gazole.
A l'instant ou j'écris cette note, le pétrôle quote 69,75$ à New York. L'euro est à 1,3405$. Donc, cela fait, en gros 52€ par baril.
Si le prix du carburant avait suivi la même pente (-43,5 %) on devrait payer eviron 0,82 €. Cependant, les prix affichés tournent autour de 1,20€
C'est donc un extra-profit d'environ 50% qui "quelqu'un" est en train de piquer dans les poches de tous les forçats de la voiture.
Même en temps crise, les bonnes vieilles (mauvaises) habitudes restent vivantes
19:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : économie, crise, pétrôle |
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J'en deviendrais presque colbertiste !!
Merci à l' Econoclaste pour cette savoureuse vidéo (en anglais) où Colbert accueille Joseph Stiglitz, deux fois prix "Nobel" pour l'économie (dont une avec le team de Al Gore)
16:35 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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15.10.2008
Hayek
« Il n'y a pas de raison pour que le gouvernement d'une société libre doive s'abstenir d'assurer à tous une protection contre un dénuement extrême, sous la forme d'un revenu minimum garanti, ou d'un niveau de ressources au-dessous duquel personne ne doit tomber. Souscrire une telle assurance contre l'infortune excessive peut assurément être dans l'intérêt de tous; ou l'on peut estimer que c'est clairement un devoir moral pour tous, au sein de la communauté organisée, de venir en aide à ceux qui ne peuvent subsister par eux-mêmes. » - F.Hayek en « Droit, législation et liberté »
F.Hayek est considéré le père du « néo-libéralisme » et il s'est opposé à l'idée de « justice sociale »
22:33 Publié dans Paroles Inattendues | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
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13.10.2008
Paul Krugman, "nobel" pour l'économie
Dans cette période de crise globale, le prix "en mémoire de A.Nobel" pour l'économie recompense un économiste réputé proche des Clintons et très tiède, c'est le moins qu'on puisse dire, sur l'ouverture économique à tout crin.
Faut-il y voir un signal, à relier à la demande d'un nouveau "Bretton Woods" avancé par G.Brown ? Affaire à suivre, le monde change sous nos yeux. Et rien ne permet de dire où ce chemin nous menera, à terme.
Pour ceux qui voudraient voir sur wikipedia, je suggère la page en anglais (à la limite en italien) car la page française est presque vide.
13:19 Publié dans Economie, Politique et environs | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
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